Une précieuse savante pas si ridicule

Sur la planète Vénus, à l’Ouest de la bande volcanique Eistla Regio, un cratère porte son nom : « Cunitz ». L’astéroïde 12624 dans la ceinture principale située entre Mars et Jupiter a été nommé en son honneur : « Mariacunitia ». Hommages lointains rendus à une femme passionnée d’astronomie et dont l’ouvrage Urania Propitia (Uranie, la bienveillante) servit longtemps d’initiation à la théorie astronomique de Kepler dont il est une traduction et une adaptation plus simple d’utilisation.

Le cratère Cunitz (domaine public)

Marie Cunitz ou Maria Cunitia (1610 – 1664) a vécu en Silésie, province du Saint Empire Romain Germanique, actuellement en Pologne, à une époque de grands bouleversements scientifiques avec la diffusion du nouveau système héliocentrique de Kepler dans le prolongement des idées de Copernic. Fille d’un médecin éclairé, elle grandit dans un milieu qui lui prodigue une large et solide instruction : elle maîtrise sept langues (Hébreu, Grec, Latin, Allemand, Polonais, Italien et Français), la peinture, la musique, la poésie, mais aussi des disciplines réservées aux hommes à son époque comme l’histoire, les mathématiques et la médecine. Plus tard, son mari, le médecin Elias von Löwen, continuera d’encourager ses intérêts intellectuels et son goût de l’astronomie qu’il partage d’ailleurs avec elle. La « petite histoire » raconte qu’elle passait la journée au lit, négligeant les tâches domestiques, car elle était épuisée d’avoir observé les étoiles toute la nuit.
Pendant la Guerre de Trente Ans, pour échapper aux persécutions menées contre les protestants et les partisans du système héliocentrique considérés comme hérétiques, elle et son mari se réfugient dans un petit village près de la ville de Kalisz (Pologne). C’est là que Marie débute ses travaux mathématiques qui la conduiront à publier Urania Propitia.

Dans cet ouvrage, Marie Cunitz simplifie les Tables Rudolphines de Kepler et en corrige un certain nombre d’erreurs. Elle y introduit de nouvelles éphémérides, de nouvelles méthodes de calcul remplaçant l’utilisation des logarithmes par des nombres rationnels ainsi qu’une solution plus directe et plus élégante au « problème de Kepler » ou « problème à deux corps ». Néanmoins, en raison de termes infinitésimaux négligés dans les formules utilisées, Marie Cunitz introduit de nouvelles erreurs dans les tables. Urania Propitia est l’œuvre scientifique la plus ancienne jamais publiée et conservée jusqu’à nos jours rédigée par une femme, sur le sujet le plus difficile de son époque.
Le livre est publié aux frais du couple en 1650 après son retour dans sa résidence de Pitschen en Silésie. Il est écrit en latin et en allemand, ce qui est un fait nouveau pour l’époque et semble correspondre à deux objectifs : une plus large accessibilité et la garantie d’une meilleure protection intellectuelle. D’autre part, dans la préface rédigée par son mari, ce dernier reconnaît ce travail comme étant bien celui de sa femme et non le sien. Bien que ce livre n’ait pas été publié à grande échelle, il a valu à Marie Cunitz une reconnaissance intellectuelle qui a débouché sur une vaste correspondance avec d’importants mathématiciens et astronomes de son temps comme Johannes Hevelius, Pierre Gassendi ou Ismaël Boulliau.
Malheureusement, la majeure partie de cette correspondance, tout son équipement et le reste de ses travaux a disparu dans un incendie en 1656, huit ans avant son décès.

Banc avec l’effigie de Marie Cunitz à Swindnica, Pologne - CC BY SA 3.0 - Auteur : Sueroski