Les alchimistes au bain-marie

« Les savants qui ont écrit sur l’alchimie sont loin d’être d’accord sur ce qu’est (ou était) l’alchimie. Certains poursuivent la vision populaire d’une alchimie qui n’est pas autre chose que l’art qui essaie ou prétend être capable de transmuter les métaux vulgaires en or. Cette vision des choses considère l’alchimie dans sa totalité comme étant une pseudoscience, une tentative erronée de traiter des propriétés de la matière qui a donné quelques résultats pratiques avant d’être supplantée à la fin du dix-huitième siècle par l’établissement de la chimie moderne par Antoine Lavoisier.
D’autres, à l’extrême opposé de l’échelle des opinions, soutiennent que l’alchimie est principalement une conduite spirituelle dont l’objectif est de transmuter l’âme humaine imparfaite en une entité spirituelle plus parfaite.
Ce dernier point de vue a des antécédents aussi lointains que Marie La Juive, la célèbre fondatrice juive hellénistique de l’alchimie. »
(in Raphael Patai, The Jewish alchemists : a history and source book, Princeton University Press, 1995, p.3)

Marie la Juive par Michael Maier (XVIe siècle - domaine public)

Quels que soient les points de vue, la stricte distinction entre les pratiques « préscientifiques » auxquelles l’alchimie a donné naissance et sa dimension purement ésotérique peut sembler anachronique. En effet, pour l’homme du moyen-âge ou de la renaissance cette séparation n’existait probablement pas au sens où nous la faisons aujourd’hui. Que l’alchimie ait utilisé un langage symbolique destiné à la protection intellectuelle de certaines découvertes ou pour servir de support hermétique à une quête initiatique, il n’en demeure pas moins qu’elle a parallèlement permis la mise au point de techniques et d’ustensiles encore utilisés de nos jours par la chimie moderne.
Marie la Juive (ou la Copte ou la Prophétesse), qui aurait vécu entre le IIIe et le IIe siècle avant notre ère, en est le premier exemple.

Les instruments de Marie

« Ou bien Marie aurait inventé plusieurs appareils alchimiques ou bien elle se serait contentée d’en fournir les descriptions ; mais il est impossible de le savoir à la manière dont Zosime la mentionne [dans ses traités].
Marie construisait et décrivait une variété de fours et d’appareils en métal, en argile ou en verre destinés à la cuisson ou à la distillation. Elle en assemblait, resserrait et calfatait les différentes parties avec de la graisse, de la cire, de l’amidon, de l’argile grasse et de l’ « argile des philosophes ». Elle considérait que les récipients en verre sont particulièrement utiles parce qu’ils « voient sans toucher » et permettent de manipuler en toute sécurité des matières dangereuses comme le mercure. (…)
Le plus célèbre des appareils d’alchimie que Marie a soit inventé, soit utilisé, ou bien seulement décrit est le balneum Mariae ou bain-marie, qui consiste en un double récipient, le récipient extérieur étant rempli d’eau tandis que le récipient intérieur contient la ou les substance(s) qui doivent être chauffées à une température modérée.
La plus ancienne description de l’alambic nous est encore donnée par Marie. Un alambic est typiquement constitué de trois parties : un récipient dans lequel la matière à distiller est chauffée, une partie froide pour condenser la vapeur et un récipient récepteur. »
(in Raphael Patai, The Jewish alchemists : a history and source book, Princeton University Press, 1995, p.60-61)

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